Après la formation, pourquoi certains praticiens abandonnent — et comment ne pas en faire partie
- Laure Riobe

- 15 juin
- 5 min de lecture

Il y a quelque chose de troublant dans cette réalité que peu de centres de formation osent nommer : une partie des personnes qui terminent une formation ne font rien de ce qu'elles ont appris. Pas parce qu'elles n'étaient pas capables. Pas parce que la formation était mauvaise. Mais parce qu'entre la dernière journée de cours et le moment de se lancer pour de vrai, quelque chose se bloque.
Ce phénomène ne concerne pas une minorité d'indécis ou de rêveurs mal préparés. Il touche des personnes sérieuses, motivées, qui ont investi du temps, de l'argent, parfois des années de réflexion avant de s'inscrire. Comprendre ce qui se passe à ce moment précis — cette zone grise entre la fin de la formation et le début de l'activité — est peut-être l'une des choses les plus utiles qu'on puisse faire avant même de commencer à se former.
Ce que la formation donne, et ce qu'elle ne donne pas
Une formation sérieuse transmet des techniques, des protocoles, une posture professionnelle, un cadre éthique et les bases d'une pratique. C'est déjà considérable. Mais elle ne résout pas la question de l'identité professionnelle. Elle ne répond pas à cette interrogation qui arrive toujours, tôt ou tard : est-ce que je suis vraiment légitime pour exercer ?
Cette question est normale. Elle est même saine, dans une certaine mesure. Un praticien qui ne se la pose jamais manque probablement d'humilité. Mais elle devient paralysante lorsqu'elle s'installe comme une évidence négative plutôt que comme une invitation à continuer de progresser.
Ce que les formations bien conçues savent faire, c'est créer les conditions d'un apprentissage solide. Ce qu'elles ne peuvent pas toujours faire, c'est décider à la place de l'apprenant qu'il est prêt à se lancer. Cette décision-là, elle appartient à chacun — et c'est précisément là que certains restent bloqués.
Le syndrome de l’imposteur, ce frein qu’on n’ose pas nommer
Beaucoup de praticiens en herbe vivent la même expérience après leur certification : ils regardent leur attestation, ils savent que la formation était de qualité, et pourtant une petite voix leur dit que ça ne suffit pas. Qu’il faudrait encore une formation. Ou une autre spécialisation. Ou davantage de pratique sur des proches avant de recevoir “de vrais clients”.
Ce mécanisme a un nom : le syndrome de l’imposteur. Et dans le secteur du bien-être, il est particulièrement présent, sans doute parce que les pratiques touchent à quelque chose d’intime chez les personnes accompagnées. On ne masse pas quelqu’un comme on répare une voiture. On travaille avec le vivant, avec l’émotion, avec la vulnérabilité. Cette dimension-là amplifie la peur de mal faire.
Le paradoxe, c’est que les personnes les plus sujettes à ce syndrome sont souvent celles qui ont le plus de conscience professionnelle. Elles se remettent en question parce qu’elles prennent leur responsabilité au sérieux. Mais cette conscience, poussée à l’extrême, peut devenir un prétexte à ne jamais démarrer.
La spirale des formations sans fin
Il existe une variante de ce phénomène, plus insidieuse encore : la formation comme refuge. Apprendre est agréable, sécurisant, valorisant. On est dans un groupe, on est guidé, on a un cadre. On progresse visiblement. On n’est pas encore exposé au regard des clients, au silence inconfortable d’une séance qui ne démarre pas, au doute de l’improvisation.
Certaines personnes accumulent ainsi les certifications pendant des années, de manière tout à fait sincère, en se disant qu’elles se forment pour être meilleures praticiens. Ce n’est pas forcément faux. Mais si la formation remplace l’exercice plutôt qu’elle ne l’alimente, elle devient une façon élégante d’éviter l’exposition.
Reconnaître ce mécanisme ne signifie pas qu’il faut se lancer à moitié préparé ou négliger la formation continue. Cela signifie simplement se poser la question honnêtement : est-ce que j’apprends pour progresser dans ma pratique, ou est-ce que j’apprends pour ne pas avoir à pratiquer ?
Quand l’environnement ne suit pas
L’abandon ne vient pas toujours de l’intérieur. Parfois, ce sont les proches qui déstabilisent sans le vouloir. Une remarque sceptique du conjoint, une question embarrassante d’un ami (« mais ça marche vraiment, ces trucs-là ? »), une famille qui ne comprend pas pourquoi on quitte un CDI stable pour “faire des massages”.
Ces réactions ne sont pas malveillantes dans la majorité des cas. Elles reflètent une méconnaissance du secteur et une inquiétude sincère. Mais pour quelqu’un qui doute déjà, elles peuvent faire basculer la balance.
S’y ajoute le manque de réseau professionnel après la formation. On a passé des journées intenses avec un groupe de personnes qui partagent le même élan, et puis chacun repart de son côté. La dynamique collective qui portait disparaît. On se retrouve seul face à l’ensemble des choses concrètes à faire : créer un statut juridique, trouver un lieu de pratique, construire une communication, tarifer ses séances, trouver ses premiers clients. Tout cela en même temps, sans filet.
Ce que le passage à l’acte demande vraiment
Se lancer après une formation demande quelque chose que les organismes de formation mentionnent rarement : une tolérance à l'incertitude. Les premières séances ne seront pas parfaites. Les premiers retours seront parfois maladroits à recevoir. Il faudra ajuster, se remettre en question, traverser des périodes creuses.
Ce n’est pas un problème de compétence. C’est un problème de rapport à l’imperfection. Et cette dimension-là ne s’enseigne pas dans un manuel de technique. Elle se travaille dans la durée, dans la pratique réelle, parfois avec un accompagnement adapté.
Les praticiens qui réussissent leur lancement ne sont pas ceux qui se sentaient les plus prêts. Ce sont souvent ceux qui ont accepté de ne pas l’être tout à fait — et qui sont partis quand même, avec ce qu’ils avaient. La compétence se construit dans l’action, pas dans l’attente d’un seuil de confiance qui ne viendra jamais tout seul.
Ce que peut faire une bonne formation pour éviter ce décrochage
Une formation qui se contente de transmettre des techniques sans aborder la réalité du démarrage laisse ses apprenants à moitié équipés. Les organismes sérieux le savent, et les meilleurs intègrent dans leurs parcours des éléments qui préparent concrètement à l'après : des temps de mise en situation réelle, des échanges sur la posture professionnelle, un accompagnement post-formation, des espaces de supervision ou de partage entre pairs.
Chez ZenLab Formations, cette dimension fait partie intégrante de l’approche. Nous formons des praticiens, pas seulement des techniciens. La différence, c’est que le praticien sait pourquoi il fait ce qu’il fait, comment il se situe vis-à-vis de ses clients, et comment il continue d’apprendre une fois sorti du cadre de la formation.
Ce n’est pas une garantie contre le doute — le doute fait partie du chemin. Mais c’est une différence significative entre ceux qui abandonnent après leur formation et ceux qui trouvent leur rythme, même lentement, même imparfaitement.
Le diplôme ouvre une porte, c’est vous qui franchissez le seuil
Finir une formation n'est pas une fin en soi. C'est le moment où tout commence vraiment — et paradoxalement, c'est souvent là que c'est le plus difficile. La structure disparaît. Le groupe se disperse. L'inconnu commence.
Ce que cette réalité demande, ce n’est pas une confiance en soi parfaite ni une certitude absolue sur l’avenir. C’est une forme de courage tranquille : celui de commencer avec ce qu’on a, de rester curieux plutôt que de chercher à tout maîtriser, et de choisir de faire confiance au chemin plutôt qu’à l’idée qu’on s’en fait.
Si vous êtes en train de vous former, ou si vous hésitez encore à vous lancer après votre certification, peut-être que la question n’est pas “suis-je prêt ?”. Peut-être qu’elle est : “qu’est-ce qui me retient vraiment, et est-ce que ça mérite autant de place que je lui en donne ?”




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